Dimanche, le parti libéral du Québec (PLQ) a annoncé qu’il s’engageait à plafonner la hausse de loyers en Résidence pour aînés (RPA) s’il était porté au pouvoir le 5 octobre prochain. Sur le fond, ce qui semble être une bonne mesure, témoigne d’une profonde méconnaissance du fonctionnement des RPA, et manque complètement la cible.
Une mesure qui manque sa cible
L’idée selon laquelle il est souhaitable et logique que le coût des loyers en RPA n’augmente globalement pas plus rapidement que l’inflation fait consensus. Ce que l’aspirant futur premier ministre aurait dû savoir, c’est que le mécanisme de hausse de loyer actuellement en vigueur oblige déjà tous les propriétaires d’immeubles locatifs, incluant les RPA, à tenir compte de l’inflation des 3 années antérieures. Cette méthodologie vise entre autres à amener de la prévisibilité pour les locataires ainsi que les propriétaires. Par ailleurs, à la différence des immeubles locatifs conventionnels, les RPA (surtout celles offrants des soins et services d’assistance personnelle) ont vu leurs coûts d’opération exploser au cours des dernières années, lesquels sont majoritairement liés à la main-d’œuvre. Pour tenir compte de cette particularité importante et pour permettre aux RPA de pouvoir maintenir les services aux résidents (alimentaires, loisirs, soins, entretien, etc.), le TAL applique un indice distinct (indice des soins de santé) aux dépenses liées aux services à la personne. Le retrait de cet indice viendrait compromettre la capacité des RPA à maintenir les services.
Malheureusement, entre la pénurie de main-d’œuvre, la lenteur du traitement des demandes de permis de travail pour les travailleurs étrangers, les problèmes d’accès aux places en RI-CHSLD, et la désorganisation du réseau de la santé, les RPA ont vu les coûts associés à la prestation des services, notamment en soins, augmenter bien au-delà des augmentations autorisées par le TAL. Quant à la hausse de 18% entre 2022 et 2026 avancée par le PLQ, il y aurait lieu de se pencher sur ce qui compose réellement cette hausse… Elle ne vise assurément pas seulement le loyer mais aussi les services qui s’ajoutent au fil des années en fonction de l’évolution des besoins et de la condition de santé de la clientèle en RPA.
Les vraies solutions à considérer
Les aînés méritent mieux qu’une promesse électorale simpliste. Pour réduire durablement la pression financière, il faut s’attaquer aux véritables causes du problème.
D’abord, le financement des soins devrait suivre les besoins des aînés, peu importe leur lieu de résidence, afin d’éviter que les coûts liés aux limites du réseau public soient transférés aux résidents des RPA. Le Québec doit aussi se doter d’un véritable plan à long terme pour répondre à l’augmentation prévisible des besoins d’hébergement des personnes aînées.
Un cadre réglementaire de plus en plus lourd
Il est normal et souhaitable que le fonctionnement des RPA soit bien encadré. Toutefois, au fil des années, les exigences se sont multipliées au point où les résidences doivent composer avec un nombre croissant d’obligations provenant de plusieurs ministères, organismes et tribunaux administratifs. Chaque nouvelle exigence entraîne des coûts, du temps de gestion et une pression supplémentaire qui se reflètent ultimement sur les aînés.
Avant d’ajouter de nouvelles règles, il faut s’assurer qu’elles améliorent réellement la qualité de vie et la sécurité des résidents sans compromettre l’offre d’hébergement.
L’offre d’hébergement pour ainés stagne au pire moment
Il n’y a essentiellement plus de nouvelles RPA en construction au Québec, alors qu’on est l’une des sociétés au monde où le vieillissement de la population est le plus rapide. Trouvez l’erreur.
Pour construire et aspirer gérer une RPA, il faut de la prévisibilité économique et réglementaire, deux choses que les gouvernements n’ont pas su créer. Pire, avec des engagements de plafonnement désincarnés comme le propose M. Milliard, on s’assure que les futurs RPA n’offrent pas de soins et que celles qui en offrent encore préfèrent réviser leur offre de services à la baisse, ce qui augmentera la pression sur un réseau qui peine déjà à répondre aux besoins.
Un autre tour de roue à la réflexion s’impose. Les Québécois ont le droit de s’attendre à de meilleures politiques publiques.
Marc Fortin
Président-directeur général du Regroupement québécois des résidences pour aînés
Source : Regroupement québécois des résidences pour aînés (RQRA)
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